Bilan de nos expériences d’écovolontariat : des coups de gueule et coups de cœur



Durant 11 mois de congé sabbatique, nous avons consacré près de la moitié de notre aventure à l’écovolontariat, essentiellement à l’étranger. Avec l’envie de donner et d’apprendre, nous apportons nos petits bras et notre volonté, parfois nos compétences professionnelles, pour faire avancer un projet, apporter une pierre à l’édifice. Nous faisons de belles rencontres et, malgré quelques déceptions, nous repartons le plus souvent le cœur et l’esprit remplis de bonnes ondes.


Nous avons tenté de résumer chacune de nos expériences en quelques mots et nous les avons évaluées selon les trois critères qui, selon nous, doivent être réunis pour une expérience de volontariat réussie :

  1. L’utilité et l’intérêt de la mission et des tâches confiées,

  2. Les conditions d’accueil, d’hébergement et de vie,

  3. La transmission du savoir, le partage et la pédagogie.




Agroécologie avec Terre & Humanisme en Ardèche : l’expérience la plus formatrice et bienveillante


Encadrés tous les jours par trois jardiniers de l’association, nous apprenons par la pratique les techniques de l’agroécologie pour cultiver un potager sain et naturel, sans produits chimiques, en prenant soin de la vie du sol et de la biodiversité au jardin. Nous avons aussi des temps de réflexion, de questions/réponses avec les jardiniers, ainsi que des ateliers de développement personnel et de communication non violente. Ici, la pédagogie est le maître mot. Il y règne un climat de bienveillance, d’écoute et de respect. L’association ne recherche pas la productivité mais bien la transmission du savoir et l’apprentissage.





















Un espace camping est réservé aux bénévoles et la nourriture 100 % bio est fournie. Avec les très belles rencontres que nous faisons et tout ce que nous apprenons, cette expérience place la barre très haute. Non seulement elle nous amène à nous questionner sur notre mode de consommation, en particulier sur notre alimentation, mais elle nous donne aussi envie de passer à l’action et manier la grelinette dans notre potager à notre retour !


Coût : 36 € d’adhésion / personne à l’association + 25 € / pers. / semaine pour participer aux frais (encadrement, aliments de base).

Réserve biologique de Jatun Sacha aux Galapagos : l’expérience la plus décevante et vide de sens

Nous avions contacté l’association Jatun Sacha plusieurs mois avant notre venue, depuis la France. Son site internet est très bien fait et nous a donné une bonne image de l’association. Mais la première impression que nous avons eue avec une correspondante à Lima, ne nous a pas rassurés. Et une fois sur place, c’est la désillusion.

En effet, encadrés par un jardinier fraichement recruté, mais non formé, peu loquace et pas du tout pédagogue, nous nous rendons compte très vite que cette réserve est aujourd’hui tombée en désuétude et a perdu tout son sens. Nous étions censés participer à l’éradication de la mûre, une plante invasive, pour replanter des plantes endémiques au sein de la réserve. Mais il n’en n’est rien. Nous passons nos journées à défricher des terrains dans des conditions difficiles, pour pouvoir cultiver un potager, afin de nourrir les futurs bénévoles.


Avec toutes nos questions, souvent restées sans réponse, nous comprenons vite qu’il n’y a pas l’ombre d’un programme de restauration de l'habitat, aucun suivi des actions menées et aucune utilité à ce que nous faisons pour protéger la biodiversité de la réserve. Bien que sa création fut portée par des équipes scientifiques, tout semble à l’abandon aujourd’hui et prend le rôle d’une réserve alibi pour attirer les volontaires étrangers, prêts à payer le prix fort pour vivre quelques semaines sur une île des Galápagos. Ces fonds servent ensuite a priori à financer d’autres réserves de l’association, basées sur le continent.


Nous abrégeons donc notre séjour ici et gardons comme enseignement qu’il est primordial de recueillir systématiquement les témoignages d’anciens volontaires, et surtout, éviter les structures qui demandent aux volontaires de payer d’exorbitantes participations aux frais !

Coût : 43 € / jour / personne. Cela correspond au budget moyen par jour en vacances dans les îles Galápagos, ce qui est donc hors de prix pour faire du volontariat, en travaillant 6 heures / jour, 5 jours par semaine, nourris et logés dans des conditions très rudimentaires.

Parc national de Cutervo avec le Ministère de l’Environnement au Pérou : l’expérience la plus en lien avec nos compétences


C’est l’association Volontaires pour la Nature, basée en France, qui nous a mis en relation avec le SERNANP au Pérou. Après avoir envoyé nos CV et lettres de motivation en espagnol, la responsable du parc national de Cutervo nous a proposé une mission en adéquation avec les besoins du parc et nos compétences professionnelles.

Pendant un mois, notre travail consiste à capitaliser et cartographier de nombreuses données collectées par les gardes-parc ces dernières années, en vue de mieux connaître les espèces végétales du parc et les préserver des risques et impacts des activités humaines (incendies, coupes illégales de bois).


Nous intervenons également auprès de scolaires et professionnels du tourisme pour les sensibiliser à la gestion des déchets et à la protection de la biodiversité du parc.
















De ce fait, nous avons clairement le sentiment d’être utiles, avec un travail essentiellement de bureau. Il aurait fallu rester un peu plus longtemps pour poursuivre le travail sur le terrain (relevés GPS dans le parc et faire plus de sensibilisation).

Très bien accueillis par les deux ingénieures du parc, notre mission à Cutervo nous permet aussi de découvrir la vie locale péruvienne.

Coût : 35 € pour 2 personnes de frais d’adhésion à l’association Volontaires pour la Nature. Logés dans les bureaux du parc, en dortoir de 4 lits avec matelas en paille, et cuisine à disposition (en travaux). Horaires de travail très souples : ~6 heures / jour, 5 jours par semaine.

Wwoofing dans la pépinière Jardines de la Patagonia en Argentine : l’expérience la plus hypocrite


Notre premier wwoofing dans une ferme viticole biologique étant annulé à la dernière minute, nous nous replions vers une pépinière « bio » qui fait aussi auberge, au Nord de la Patagonie. Ici, pas de label, pas de contrôle, pas de certification. On s’autoproclame « bio », un point c’est tout. Pas de pédagogie non plus, ni de partage des connaissances, ni même de partage des tâches car les propriétaires qui nous reçoivent ne travaillent pas avec nous au quotidien et ne passent pas de temps avec nous à la pépinière.




Bref, nous avons plutôt l’impression de pallier à un manque de personnel par souci d’économie et une bonne dose d’hypocrisie des propriétaires, plutôt que de partager la vie à la ferme, selon les principes du wwoofing. On nous avait prévenus, beaucoup ont été déçus par le wwoofing en Argentine avant nous. Et malheureusement, nous ne dérogeons pas à la règle ! Nous n’avons rien appris sur l’agriculture biologique et abrégeons notre séjour.



Nous retenons de cette expérience qu’il vaut mieux éviter les fermes qui accueillent de nombreux wwoofers tout au long de l'année, la démarche des propriétaires étant souvent plus économique qu'écologique.


Coût : 35 € de cotisation à WWOOF Argentina. Nourris et logés dans une maison en bois sans électricité. Travail : 6 heures / jour, 5 jours / semaine.



Wwoofing dans l'estancia Huechahue en Argentine : l’expérience la plus magique


Nous tentons une seconde expérience de wwoofing dans une estancia de 15 000 hectares en Patagonie. Nous travaillons seuls le matin au potager bio en appliquant les principes de l’agroécologie que nous avons appris chez Terre & Humanisme quelques mois plus tôt. Et le reste du temps, nous participons aux activités de la ferme : peser et marquer au fer chaud les veaux, traire à la main les deux vaches laitières, changer le bétail d’enclos, brosser et sceller les chevaux avant de partir en balade à cheval dans la pampa avec les gauchos (les employés traditionnels de l’estancia) et les clients de l’auberge.














Nous sommes logés très confortablement dans la maison de Jane, la propriétaire de l’estancia, qui, malgré son caractère bien trempé et un brin androgyne, tient à nous faire découvrir la vie dans une estancia en Argentine. Et de ce côté là, c’est réussi. Cette tranche de vie est un rêve devenu réalité, dans lequel on voudrait bien s’évader un peu plus longtemps.


Pour nous, le wwoofing relève donc plus d’une expérience de vie que de l’apprentissage de l’agriculture biologique, où chacun doit tirer profit de ce qu’il en attend pour pouvoir apprécier son séjour.


Coût : 0 €. Nourris et logés confortablement dans la maison de l’estancia. Travail : 4 heures / jour, 5 jours / semaine.



Café bio et équitable avec APOYA au Costa Rica : l’expérience la plus physique et "pura vida" !


Accompagnés par Alfonso et Victor les premiers jours, nous travaillons sur la parcelle de démonstration de l’association, parfois délaissée par manque de ressources. Nous désherbons à la pelle autour des plants de café et cacao, ajoutons du compost, puis plantons des pieds de bananiers pour créer un équilibre entre les différentes strates de végétation selon les principes de l’agroforesterie. Ces méthodes s’opposent à l’agriculture conventionnelle qui, en utilisant de nombreux produits chimiques (herbicides et insecticides), pollue notre environnement, l’eau et le sol.


Nous sommes logés dans une petite maison individuelle, autrefois habitée par les ouvriers agricoles de la propriété. Certes notre petite maison bleue, accrochée à la colline, est rustique, mais elle nous offre un peu d’indépendance et d’intimité, très appréciables après 7 mois de voyage, le plus souvent en communauté.


Travailler au champ dès le lever du jour, sur des sols pentus et sous la chaleur tropicale, est sans conteste l’expérience la plus physique de notre périple. Mais c’est aussi l’une de nos plus belles expériences. Marie, la directrice, et toute son équipe, nous ont consacré du temps et appris beaucoup de choses sur le commerce équitable et la culture du café. On serait bien restés plus longtemps ici, entourés de toutes ces bonnes ondes "pura vida"!


Coût : 0 €. Logés dans une maisonnette individuelle. Travail : 6 heures / jour, 5 jours / semaine.




Conservation des coraux avec Tamarii Pointe des Pêcheurs à Tahiti : l’expérience la plus aquatique et dépaysante

Nous partons tous les matins, à la nage ou en kayak, au milieu du lagon, pour rejoindre les tables de bouturage des coraux. Formés les premiers jours par Guillaume, le biologiste de l’association, nous récoltons des bouts de coraux cassés dans le lagon pour ensuite les coller à une aiguille d’oursin crayon qui leur sert de support pour grandir. Après plusieurs mois fixés sur une table sous l’eau, les coraux sont ensuite transplantés sur un massif corallien où ils poursuivront leur vie et pourront coloniser leur milieu.















Nous apprenons beaucoup de choses sur le lagon, le rôle des coraux et la nécessité de les protéger. En bouturant 100 coraux dont plus de 80 parrainés, nous avons l’impression d’avoir apporté une contribution utile à l’association et à la conservation du lagon tahitien.

Par ailleurs, nous sommes très bien reçus par les membres de l’association (Carine, Tilda et Guillaume), ce qui fait de cette expérience l’un de nos meilleurs souvenirs.


Coût : 0 €. Logés chez les membres de l’association et très souvent invités pour les repas. Travail : 4 à 5 heures / jour, 5 jours / semaine.




Permaculture avec Vaihuti Fresh à Raiatea, en Polynésie française : l’expérience la plus indécente


Notre mission précédente nous permet de constater les impacts de l’agriculture conventionnelle qui favorise l’érosion des sols et produit des sédiments qui se déversent dans les cours d’eau et viennent étouffer les coraux dans le lagon. Nous travaillons maintenant chez des maraîchers dont les techniques de la permaculture visent à limiter en amont ces impacts néfastes sur le lagon. Nous participons aux tâches agricoles : cueillette des fruits et légumes avant de les laver et les conditionner pour la vente. Si le conditionnement des fruits et légumes (étiquettes et sachets plastiques !) nous interpelle, nous trouvons aussi peu d’intérêt aux tâches qui nous sont confiées, et qui nous donnent une nouvelle fois l’impression de pallier à un manque de personnel par souci d’économie.


En effet, les propriétaires sont absents ; ils ne partagent ni le travail, ni les repas avec nous. De plus, les conditions d’accueil et de logement dans le même bâtiment que le compost, envahi de moustiques, sont à la limite de l’indécence. Au menu, saleté, inconfort et boîtes de sardines du Maroc ! Cerise sur le gâteau, le comportement austère des employés et le manque de convivialité au quotidien, nous incitent à quitter prématurément cette structure.


Bien que le projet ait une réelle utilité pour limiter les impacts du maraichage sur l’environnement et le lagon, les conditions de vie et d’accueil, elles, ne sont pas acceptables. Voilà encore une expérience qui ne nous donne pas une bonne image du wwoofing, très loin des notions initiales de partage, de transmission et d’échanges… Le wwoofer n’est pas un travailleur agricole clandestin qui se contente de conditions indignes pour vivre et se voir offrir le gîte et le couvert.


Coût : 0 €. Nourris et logés dans le hangar agricole (très rustique et sale). Travail : 6 heures / jour, 5 jours / semaine.




Aquaculture durable avec Kamoka Pearl à Ahé, en Polynésie française : l’expérience la plus déconnectée au bout du monde

Nous sommes accueillis par Patrick, propriétaire d’une ferme perlière sur l’atoll d’Ahé, au milieu de l’océan Pacifique. A peine débarqués, nous plongeons dans un nouvel univers, où l’on vit simplement, au rythme du soleil et bercés par le son du clapotis de l’eau.


Nous participons aux tâches quotidiennes de la ferme : trier les perles pour confectionner des bijoux, relever les lignes d’huitres immergées dans le lagon, réparer les paniers à huitres, trier les nacres, ramasser les bouées et cordes échouées sur la plage, réparer le parc à poissons, pêcher, cuisiner… Les tâches sont diverses et variées et nous apprenons au fil de l’eau comment sont cultivées les perles de culture.




Nous sommes logés dans une cabane en bois qui nous offre chaque jour de magnifiques couchers de soleil sur le récif de l’atoll. Nous sommes surpris par la qualité des repas, car malgré un potager hors sol balbutiant, Patrick tient à une alimentation saine et équilibrée. C’est l’un des lieux les plus isolés de notre périple et c’est l’endroit où nous mangeons le mieux (pain maison, fruits et légumes locaux, poissons frais pêchés par Jérémy).


Au final, il s’agit ici plus d’une expérience du type « Workaway* », où l’on donne de son temps et où l’on partage le quotidien avec notre hôte. Nous avons la chance d’avoir été accueillis par Patrick, un personnage particulier et attachant, qui nous a accordé sa confiance et ouvert grand ses portes (enfin, façon de parler car il n’y en a pas !).


Nous terminons notre périple sur une très belle note, déconnectés de notre monde consumériste, et reliés aux choses essentielles de la vie. Nous quittons ce bout du monde avec un pincement au cœur et le sentiment d’avoir trouvé la perle rare.


Coût : 0 €. Nourris et logés dans une cabane aménagée en mode « Robinson Crusoé ». Travail : 4 à 5 heures / jour, 5 jours / semaine.

* Workaway est un réseau mondial qui met en relation des voyageurs prêts à donner un coup de main avec des hôtes qui ont besoin d’aide pour leurs projets ou activités.




Quelques conseils et enseignements que nous tirons de toutes ces expériences


1. Bien préparer en amont, avant le départ

Nous avons préparé notre périple plus d’un an avant de partir et pris contact et échanger par mail et visioconférence avec chaque structure d’accueil. Alors que certains échanges n’ont pas abouti, nous avons pris contact avec des associations qui n’avaient jamais reçu d’écovolontaires auparavant pour créer nos propres missions, sans frais. Nous avons aussi dû revoir notre parcours initial en fonction des saisons, notamment pour le parc national de Cutervo au Pérou, pour éviter la saison des pluies.


2. Ne pas payer son bénévolat

De nombreux organismes demandent aux volontaires de payer leur séjour d'écovolontariat. Nous avons éliminé des missions qui nous intéressaient beaucoup à cause de participation aux frais très élevées. Pour chaque mission, nous étions nourris et logés ou simplement logés, contre 4 à 6 heures de travail maximum par jour, 5 jours par semaine. Les frais de voyage et transport étaient toujours à notre charge. Ce qui nous semble juste, c’est de payer l’adhésion à une association qui vous accueille et qui n’excède généralement pas plus de 20 €.

Notre seule mission payante s’est avérée très décevante. Travailler bénévolement 20 à 30 heures par semaine et ne pas payer en plus de frais pour le gîte et le couvert, c’est s’assurer que le travail qui vous est demandé est utile pour la structure d’accueil.


3. Veiller à être encadré les premiers jours

Selon nous, s’il n’y a pas d’encadrement ou « formation » les premiers jours, ou bien si l’hôte ne travaille pas avec nous, il est fort probable que la mission ait peu d’intérêt.



Pour ceux qui seraient intéressés par l’écovolontariat, n’hésitez pas à nous contacter pour avoir de plus amples informations sur notre retour d’expérience. C’est un plaisir de partager avec vous notre expérience, et cela contribue à faire vivre tout cela en nous !



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